Yemma – ⵢⴻⵎⵎⴰ

Sujet : Portrait

Dimensions : 14 x 18 po (36 x 46 cm)

Médium: Huile sur toile

Année: 2026


Collection privée

Dans l’atelier

Timelapse de la réalisation de cette

Extrait du journal de bord

Réflexions et notes prises pendant la création

Il y a des tableaux que l’on commence parce qu’une image nous plaît. Et puis il y en a d’autres que l’on commence avec le sentiment étrange de devoir les peindre..

La photographie était petite, ancienne et imparfaite. Pourtant, quelque chose dans cette image m’a immédiatement saisi.

Son regard.

Un regard direct, calme et incroyablement présent. Il dégageait une force tranquille. De la détermination. De la dignité. Et peut-être même une certaine fierté. Elle ne cherchait ni à poser ni à paraître. Elle regardait simplement l’objectif, avec une étonnante présence. Elle était simplement là..

Et je l’ai trouvée magnifique.

J’ai donc essayé, en la peignant, de ne pas simplement reproduire une photographie. J’ai essayé de faire revivre, très modestement, une personne dont nous ne connaissons finalement qu’une petite partie de l’histoire.

Je ne sais pas ce qu’elle aimait. Je ne sais pas ce qui la faisait rire. Je ne sais pas ce dont elle avait peur, ni quels rêves elle avait lorsqu’elle était jeune. Je ne connais pas les épreuves qu’elle a traversées, ni les joies qu’elle a connues. Mais je sais qu’elle a vécu.

Les Tatouages

C’est probablement ce qui attire en premier le regard lorsqu’on découvre son portrait. Héritière des traditions amazighes de Grande Kabylie, elle portait sur son visage et son cou des tatouages qui n’étaient pas de simples ornements. Ils pouvaient être associés à la beauté, à l’identité, à la protection, à l’appartenance au groupe ou encore à différentes étapes de la vie.

Les motifs et leur signification pouvaient toutefois varier selon les régions, les familles et les époques. Il serait donc hasardeux de vouloir donner aujourd’hui une traduction précise à chacun des signes visibles sur son visage et son cou. Ce que je peux affirmer, c’est qu’ils témoignent d’un monde dont les repères et les traditions se sont progressivement éloignés de notre quotidien.

Un monde dans lequel les traditions se transmettaient oralement, de génération en génération. Un monde dans lequel le corps pouvait devenir lui-même un support de mémoire et d’identité. Et ces marques ont traversé le temps avec elle.

J’ai essayé de capturer ce regard, cette dignité et cette beauté particulière que j’ai ressentis en découvrant cette vieille photographie. Je ne sais évidemment pas si j’y suis parvenu. Mais j’ai beaucoup aimé la peindre.

Et pendant plusieurs semaines, cette grande dame que je n’ai jamais connue s’est retrouvée, d’une certaine manière, assise dans mon atelier avec moi.
Elle ne disait rien.
Elle me regardait travailler.